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Le châtiment des mécréants

Suite du fléau des traîtres.

L’assaut avait été aussi rapide que brutal : les adeptes de Bazaar ne s’attendaient pas à une riposte, et les tirs désordonnés de leurs sentinelles n’avait pas empêché les Thanors d’atteindre le terminal. Un seul d’entre eux était tombé. L’agent Anthéverse avait ouvert les portes d’un coup de fusil à pompe et les guerriers s’étaient engouffrés dans le bâtiment. Tout n’était maintenant plus que fusillade à courte portée et combats au corps à corps dans les coursives. Les cris des rebelles n’arrivaient pas à couvrir les chants sacrés que les Thanors scandaient aux milieux des tirs assourdissants. Et pourtant, on entendait clairement la litanie des vœux du juste que récitait le Sans Visage Torquemada :

« Là où règne la faute, j’apporterai l’expiation ! »

Tenant son fusil à pompe Executor d’une main, le Sans Visage tira en direction de l'anarchiste le plus proche qui fut jeté au sol sous l’impact. Une porte s’ouvrit sur sa droite.

« Là où règne le péché, j’apporterai la rédemption ! »

Torquemada fracassa le crâne du rebelle d’un coup de marteau, étalant sa cervelle sur le sol. Il entra dans la pièce, l’agent Abigaël sur ses talons. Aussitôt celui-ci leva son lance-flammes et purifia dans le napalm les criminels. Le bruit de bottes métalliques derrière lui indiqua que les Thanors l’avaient rejoint. Soudain, un groupe armé fit irruption dans la pièce et celle-ci se transforma en enfer. Torquemada fut pris au cœur de la tempête, les balles ricochant sur son armure, et il dû lutter pour tenir debout. Abigaël tomba, une faille dans sa cuirasse. Aussitôt Nuada, l’apothicaire de la suite, se rapprocha pour soigner ses blessures. Le Sans Visage riposta avec son fusil en reprenant sa litanie :

« Là où règne l’ignorance, j’apporterai la lumière ! »

Ses tirs abattirent un anarchiste, et un autre s’effondra une balle entre les deux yeux lorsque Hlaine Larkin, son agent tireur d’élite, leva son arme. Le Sans Visage s’élança sur les survivants, la pluie ardente le blessa au bras, mais ne le ralentit pas.

« La où règne l’incroyance, j’apporterai la prière ! »

Son marteau défonça la cage thoracique d’un insurgé dans un coup de tonnerre. Les révoltés reculèrent devant le juste courroux du Sans Visage Torquemada. Il les poursuivit et pénétra dans la salle de commandement du terminal, ses hommes sur les talons. Il fit quelques pas puis s’arrêta. Torquemada avait atteint le cœur du terminal : un grand amphithéâtre s’étendait devant lui, rempli d’écrans d’ordinateurs brisés, de fauteuils défoncés, et de criminels en liberté. Au centre de ce désordre se dressai une imposante machine, haute de cinq mètres, montée sur des jambes articulées. Torquemada avait du mal à reconnaître le robot de levage qui servait de châssis à ce cauchemar. Le bras gauche avait été armé de deux mitrailleuses lourdes à canons longs tandis que le droit s’était vu greffer une scie circulaire à l’apparence peu engageante. L’ensemble de l’engin était peint de couleurs vives et recouvert de runes blasphématoires.

Avant qu’il ne puisse réagir, une vague de cultistes de Bazaar s’élança sur lui. Son fusil Executor cracha la mort dans les rangs ennemis, mais ils étaient trop nombreux et finirent par le rejoindre au corps à corps. Les rebelles se pressaient autour de Torquemada, et celui-ci donna de larges coups de son marteau sacré, le Jugement de Véloth, brisant les os et arrachant les membres à chaque moulinet dévastateur. Si proche, les tirs d’Executor pulvérisaient les chairs dans une brume sanglante. Mais, comme une nuée de parasites, le Sans Visage finit par être submergé. Au mépris de leurs vies, ils se jetèrent sur lui, l’agrippèrent et achevèrent de l’immobiliser. Malgré sa force musculaire amplifiée par son armure, il se retrouva sans défense au milieu d’une foule de cultistes frénétiques qui le frappaient de leurs armes de fortune. Une perceuse industrielle traversa sa cuissarde, faisant couler son sang sur sa jambe. Une lame trouva une faiblesse à l’articulation du coude et, dans la douleur qui suivit, il lâcha son précieux fusil à pompe. Avec horreur Torquemada contempla un renégat s’emparer de son arme, et, dans un sourire obscène, la retourner contre le Sans Visage. La face du renégat fut dispersée dans un brouillard carmin lorsqu’un tir de maître réalisé par Larkin sauva Torquemada in extremis. Celui-ci entendit la fusillade se rapprocher et sut que ses hommes se rapprochaient. Mais, avant qu’il n’ait le temps de se réjouir, une lourde clé à molette l’atteint au visage et, malgré son casque, Torquemada fût sonné par le choc. Les coups continuaient de pleuvoir dans un tambourinement constant sur son armure, provoquant fêlures et blessures légères. Il était toujours immobilisé. Dans un cri rageur, il hurla :

« Sur moi, les Enfers ! »

Soudain, l’air autour de Torquemada s’embrasa, et tous furent noyés dans un océan de flammes : l’agent Abigaël avait entendu l’ordre de son maître et, malgré sa blessure, s’était approché afin de tirer au lance-flammes directement sur le Sans Visage, comme ce dernier l’avait ordonné. Pris dans la tourmente du feu rédempteur, les cultistes relâchèrent aussitôt leur étreinte. Torquemada lui, protégé par sa sainte armure, ne craignait nullement la colère des flammes. Il avait perdu son fusil, mais il lui rester toujours le Jugement de Véloth, son marteau de guerre. Par de grands moulinets, il s’ouvrit un passage au travers des corps se consumant.

« Là où règne le doute, j’apporterai la foi ! »

Au milieu de cet enfer, la toge sur son armure noire en feu, le Sans Visage Torquemada était l’avatar du châtiment purificateur, se battant tel un démon vengeur, avec une ardente fureur, le Jugement de Véloth s’abattant implacablement sur les hérétiques en flammes.

Il réussit à s’extraire du brasier en courant et, prenant appui sur un promontoire, s’élança en sautant au cœur de l’amphithéâtre : brandissant son marteau de guerre au-dessus de lui, porté par des ailes de fumée laissées par sa toge brûlée, il sembla que Torquemada allait s’abattre sur la bête de métal tel un ange de la mort. Mais, elle le vit et ouvrit le feu sur lui de ses mitrailleuses lourdes.

Une grêle de balles fondit sur le Sans Visage, sifflant à ses oreilles, l’effleurant et ricochant contre son armure, mais la chute de celui-ci était trop rapide pour qu’il puisse être correctement pris pour cible. Comme la foudre, Torquemada atterrit devant la machine et abattit son marteau dans le même mouvement : avec la force d’une comète, son coup trouva les canons longs des mitrailleuses qu’il tordit et déchira dans un épouvantable bruit de métal froissé. Sous l’impact, la machine tituba en arrière avant de se stabiliser face à Torquemada, qui, un genou à terre, se releva lentement.

Les deux adversaires se firent face : l’homme contre la machine, le Sans Visage contre l’agitateur, l’ordre face au chaos. Le Sans Visage pointa le Jugement de Véloth vers son ennemi et récita :

« Là où règne l’anarchie, j’apporterai la loi… »

Dans un bruit assourdissant, la machine chargea. Torquemada esquiva de justesse son premier coup de scie circulaire lamineuse, qui aurait dû le fendre en deux. La bête de métal frappait vite, plus vite que ce que le Sans Visage aurait cru possible, et les autres coups de lame s’enchaînèrent les uns derrière les autres. Il n’avait pas d’autre choix que de garder une bonne distance entre lui et la scie mortelle. Pas latéral, esquive en arrière ou encore s’abaisser juste sous la hauteur du coup étaient les seules possibilités qu’il avait.

Il commença à regretter sa témérité lorsqu’un coup faillit le décapiter. Il bondit en arrière pour l’éviter mais se réceptionna mal sur un amas de détritus et tomba lourdement sur le dos. Avant qu’il ne puisse réagir, la machine était déjà sur lui, le dominant de sa taille monstrueuse, sa lame prête à donner le coup de grâce. La scie circulaire Lamineur s’abattit sur lui et, dans un geste désespéré, Torquemada leva son marteau et interposa son manche entre sa tête et la lame, qui frappa ce ridicule obstacle pour la couper en deux.

Mais le Jugement de Véloth n’était pas une arme ordinaire. Ce marteau était un don offert par Null à ses adorateurs : cette arme, relique de l'Ancien Monde, émergea du néant lors du légendaire accident du Schicksal : celui qui fit prendre conscience aux humains de l’existence du Dieu du Vide. Cet artefact est passé entre les mains de plusieurs générations de Sans Visages, qui l’ont tous porté au combat afin de rendre la justice et d’envoyer dans les limbes de l’oubli d’innombrables traîtres. Confié par un Grand Prêtre de Null Demios Mordecaï lui-même au Sans Visage Torquemada pour services rendus, ce don du Dieu Noir ne peut pas être aussi facilement détruit.

La scie circulaire ne put entamer le manche du Jugement de Véloth, et ricocha dans une spectaculaire gerbe d’étincelle avant d’aller se planter dans le sol à quelques centimètres de la tête de Torquemada. Celui-ci roula sur le côté puis se releva d’un bond :

« Là où règne l’anarchie, j’apporterai la loi… »

La machine retira son arme du sol et remonta son bras, afin de frapper le Sans Visage pour le fendre en deux dans le sens de la hauteur.

« …car mon arme est justice… »

Torquemada frappa de toutes ses forces et de toute sa haine le bras armé : la puissance du coup fracassa le membre métallique, et l’impact détruisit les connecteurs de la scie lamineuse qui s’arrêta dans un panache de fumée.

« …honneur… »

Continuant son œuvre de destruction, le Sans Visage frappa la machine là où se trouvait le cockpit…

« …devoir… »

…frappa encore…

« …et vertu ! »

…et encore.

La lourde machine tomba lentement vers le sol avant de s’écraser dans un fracas de métal terrifiant. Sans attendre une seconde, Torquemada sauta sur la carcasse de l’engin, puis se saisit du sas blindé défoncé et tira de toutes ses forces. Les charnières cédèrent dans un grincement sinistre tandis que le Sans Visage projetait la porte au sol. A l’intérieur, il découvrit un homme, enchâssé dans le sarcophage blindé, qui avait été chirurgicalement implanté, des connexions neurales le reliant à la machine et de multiples câbles passant directement sous sa peau blafarde, mélange dérangeant de la chair et du métal. Torquemada avait déjà lu un rapport sur de pareilles expérimentations du culte de Terra. Le coup de marteau qui avait défoncé la porte avait ensuite enfoncé la cage thoracique du pilote, l’ouvrant comme une obscène fleur sanglante. Le cœur continuait de battre faiblement. Les yeux étaient vitreux. La souffrance ne faisait pas partie du dogme de Thanatos. Le Sans Visage leva son marteau :

« Et par mon arme, je briserai les esprits corrompus ! »

La masse fracassa le crâne du pilote dans une grosse gerbe de matière cérébrale et de fragments d’implants cybernétiques. La carcasse de la machine fut animée d’un ultime spasme. Torquemada prit un instant pour souffler. Il observa le cadavre enchâssé devant lui : il était vêtu d’une robe de bure qui avait été repeinte de couleurs criardes et de symboles proscrits. Néanmoins, le Sans Visage reconnu l’écusson du grade d’apprenti cousu sur le tissu multicolore, juste au-dessus du nom. Et cette chaînette de métal qui pendait autour du cou privé de tête… Le Sans Visage s’en saisit et tira violement dessus, avant d’ouvrir ce qui semblait être un médaillon. Voyant la photo à l’intérieur, un frisson de colère parcouru son corps.

« Là ou règne la faute, j’apporterai l’expiation… »

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